mercredi 7 février 2018

Séminaire Paul Ricoeur (mois de février)




Le séminaire de philosophie du mois de février aura lieu du lundi 12 au vendredi 16 février (tous les matins de 10h à 12h sauf le mercredi) à la maison des associations de Biarritz.
Il sera consacré au philosophe Paul Ricœur (1913-2005) et animé par Christophe Lamoure, professeur de philosophie.

Il est organisé autour de deux thèmes :
- l’utopie traité le lundi et le mardi
- la justice traitée le jeudi et le vendredi.
Vous pouvez vous inscrire aux 4 matinées ou à 2 matinées correspondant à l’une ou l’autre des deux thématiques.

Merci dans votre inscription de préciser la formule retenue :
- l’ensemble du séminaire
- le thème de l’utopie (lundi  et mardi)
- le thème de la justice (jeudi et vendredi).


Pour s'inscrire ou pour plus d'informations :
christophe.lamoure@laposte.net
ou
06 48 12 54 45


mardi 6 février 2018

Conférence



Mercredi 14 février à 18h30,
vous êtes conviés à une conférence de Cathy Constant sur le thème :

 
Voyage au Far-West
L'Europe sous le prisme de l'Amérique

 
Ce sera au centre culturel Tivoli
Association Aci Gasconha Baish Ador
27 rue d'Euskadi, Anglet.
 

dimanche 4 février 2018

Conférence de Baroja





Mardi 6 février à 20h30 aux Ecuries de Baroja
 
Conférence de Jean-Yves Pouilloux,
professeur de littérature à l'université de Pau
 
« Entre Occident et Extrême-Orient »
 
Une rencontre, une découverte, une fascination, des malentendus, des préjugés, qui engagent une ou des conceptions de l’être-homme, ( l’homme en soi et par nature, ressenti de l’intérieur, ou bien « l’homme » relatif à une culture, à un lieu géographique, à une langue, perçu de l’extérieur), et cette seule hypothèse conduit à questionner la notion même d’universel, avec toutes les interrogations juridiques, politiques, philosophiques, existentielles qui s’en suivent, notamment à propos de la déclaration des droits de l’homme. De saint François Xavier à Frédéric Lenoir, l’éventail est large, complexe et confus.

On s’interrogera essentiellement sur la controverse récente entre François Jullien, philosophe et sinologue, et Jean-François Billeter, sinologue et philosophe.

Il me faut préciser que je ne suis ni sinologue ni vraiment «philosophe».

Entrée libre
 
 

vendredi 2 février 2018

Tableaux corsaires



Au sujet de l'œuvre de Michel Haramboure


Les enfants aiment coller des posters dans leur chambre. Ils recomposent leur album de famille en affichant aux murs les héros qu'ils admirent et rêvent d'avoir pour amis ou compagnons de vie. Ces derniers leur soufflent que la vie est ailleurs, plus grande, plus intense, plus dangereuse. La chambre devient alors une caverne et les images tendues sur les parois, des symboles magiques censés favoriser la chasse au vrai monde. Changer de famille et changer le réel, c'est l'affaire de toute enfance (de toute vie ?).

Manuel Haramboure est un enfant prolongé, autant dire un vivant prolongé. Le cas est rare car la vie fait peur et seul un enfant, inconscient, a la force et la naïveté de partir à son assaut. Il dit les choses quand les adultes les taisent, alors on l'envoie dans sa chambre. Le peintre passe lui aussi du temps dans sa chambre, mais celle-ci, de temps à autre, est ouverte au public, on appelle ça une exposition. Là, se tiennent, couchées sur des toiles, les visions de l'artiste, autant de cartes rapportées de ses voyages hallucinés au pays du réel.

L'âme de l'enfant est tourmentée, on le sait, au moins depuis Freud. Celle de Manuel Haramboure aussi. On reconnaît un peintre à ses taches, celles qu'il fait sur ses tableaux, reflets de celles qui maculent ses vêtements et sa conscience. « À moitié victime, à moitié complice, comme tout le monde » (Sartre). Il ne maquille pas, il n'esquive pas, il montre. Suant, hirsute, dérisoire, il accomplit sa besogne de pauvre. Tandis que les images se disputent le réel, il se bagarre pour recueillir et projeter les signes d'un réel qui a le sens du tragique, tissé des intrigues inextricables du mal, du désir et du bien.

Un créateur est toujours violent. Sinon c'est un faiseur, ou un enjoliveur, peut-être la pire espèce, la plus vaine : « il n'y a plus rien à enjoliver, dans une société et dans un monde où tout est constamment enjolivé de la manière la plus répugnante » (T. Bernhard). On croit d'habitude que l'artiste se réfugie dans la fiction quand les « gens sérieux » se rapportent aux faits. C'est l'inverse. Les « gens sérieux » se complaisent dans la comédie humaine et tiennent leur emploi du mieux qu'ils peuvent, en donnant le change des apparences. L'artiste, lui, refuse de participer à cette parade ; il se réfugie dans le réel, il ne veut pas le laisser filer ou se dissoudre sous les feux du mensonge. La cruauté et la violence sont l'envers de toute vie ; la beauté aussi.

Ceux qui ont eu le courage d'explorer cette face cachée sont fascinants. Ils sont portés par une force étrange qui les jette vers le péril, en un point où puissances de vie et puissances de mort se répondent. Le plus souvent, ils se perdent dans ce périple infernal. Manuel Haramboure relève les traces de ces itinéraires improbables, il tire le portrait de ces monstres d'humanité. Ses tableaux disent le défi possible, une forme de panache, de noblesse, sans illusion, face à une vie rude, face à une histoire féroce, promises toutes deux à un tranquille désastre.

L'enfant dit : « le roi est nu », mais devenu artiste, on ne le punit plus ; tout au contraire, c'est nous qui le rejoignons dans sa chambre. Ces héros noirs qu'il célèbre, cette violence qu'il met en scène, ces abîmes intimes qu'il dessine, dressent le décor de nos existences et creusent dans l'âme le sillage sombre d'un combat lumineux. Nous rêvons d'en découdre.



Christophe Lamoure, mars 2013.

mardi 16 janvier 2018

Choderlos de Laclos à propos de l'éducation des femmes

SOURCE :
https://bibliobs.nouvelobs.com/idees/20180113.OBS0585/de-l-education-des-femmes-la-reponse-de-laclos-au-droit-d-importuner.html


"De l'éducation des femmes" : extraits


Venez apprendre comment, nées compagnes de l’homme, vous êtes devenues son esclave; comment, tombées dans cet état abject, vous êtes parvenues à vous y plaire, à le regarder comme votre état naturel; comment enfin, dégradées de plus en plus par votre longue habitude de l’esclavage, vous en avez préféré les vices avilissants, mais commodes, aux vertus plus pénibles d’un être libre et respectable. (…)

Ne vous laissez plus abuser par de trompeuses promesses, n’attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux: ils n’ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils vouloir former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir; apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution. Cette révolution est-elle possible? C’est à vous seules à le dire puisqu’elle dépend de votre courage en elle vraisemblable.

Toute convention, faite entre deux sujets inégaux en force, ne produit, ne peut produire qu’un tyran et un esclave, il suit encore de là que dans l’union sociale des deux sexes, les femmes généralement plus faibles ont dû être généralement opprimées; ici les faits viennent à l’appui des raisonnements. Parcourez l’univers connu, vous trouverez l’homme fort et tyran, la femme faible et esclave (…)

Quand on parcourt l’histoire des différents peuples et qu’on examine les lois et les usages promulgués et établis à l’égard des femmes, on est tenté de croire qu’elles n’ont que cédé, et non pas consenti au contrat social, qu’elles ont été primitivement subjuguées, et que l’homme a sur elle un droit de conquête dont il use rigoureusement. (…) ils sentirent bientôt le besoin qu’ils avaient des femmes; ils s’occupèrent donc à les contraindre, ou à les persuader, de s’unir à eux. Soit force, soit persuasion, la première qui céda, forgea les chaînes de tout son sexe. (…); les hommes étendirent bientôt jusqu’à elles cette même idée de propriété qui venait de les séduire et de les rassembler; de cela seul qu’elles étaient à leur convenance et qu’ils avaient pu s’en saisir, ils en conclurent qu’elles leur appartenaient: telle fut en général l’origine du droit. Les femmes manquant de forces ne purent défendre et conserver leur existence civile; compagnes de nom, elles devinrent bientôt esclaves de fait, et esclaves malheureuses; leur sort ne dut guère être meilleur que celui des noirs de nos colonies. L’oppression et le mépris furent donc, et durent être généralement, le partage des femmes dans les sociétés naissantes.

Elles sentirent enfin que, puisqu’elles étaient plus faibles, leur unique ressource était de séduire; elles connurent que si elles étaient dépendantes de ces hommes par la force, ils pouvaient le devenir à elle par le plaisir. Plus malheureuses que les hommes, elles durent penser et réfléchir plutôt qu’eux. 

Jean Salem, philosophe

SOURCE :
https://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20180115.OBS0620/mort-de-jean-salem-philosophe-epicurien.html



Mort de Jean Salem, philosophe épicurien
L'auteur de "Tel un dieu parmi les hommes" est mort ce 14 janvier 2018. Il avait 65 ans.
Par L'Obs
Publié le 15 janvier 2018 à 11h53
Professeur à Paris-I Sorbonne, où il animait un séminaire intitulé «Marx au XXIe siècle», Jean Salem était avant tout spécialiste du matérialisme antique (Démocrite, Epicure, Lucrèce...). Né le 16 novembre 1952 à Alger, il était le fils d’Henri Alleg, auteur de «la Question», ce fameux essai qui avait dénoncé l'usage de la torture par l'armée française pendant la guerre d'Algérie. Il est mort dans la nuit du 13 au 14 janvier 2018, à Rueil-Malmaison, victime d'une tumeur au cerveau. 
Auteur de nombreux livres, dont «Tel un dieu parmi les hommes : l'éthique d'Epicure» (Vrin, 1989) et «le Bonheur ou l'Art d'être heureux par gros temps» (Bordas, 2006), Jean Salem nous avait expliqué, dans «Le Nouvel Observateur» en 2008, pourquoi les préceptes d'Epicure restent un excellent antidote contre les poisons du monde moderne.
Le Nouvel Observateur. Commençons par les malentendus courants au sujet de l'hédonisme épicurien. Qu'est-ce que le véritable épicurisme au regard de cette conception très vulgarisée ?
Jean Salem. Les contrefaçons actuelles de l'hédonisme, on pourrait grosso modo les résumer par cette phrase que saint Paul prête aux impies: «Mangeons, buvons, car demain nous mourrons.» Ainsi la vie se résumerait à une chasse aux plaisirs, un peu animale, cumulative, contre le temps qui passe. Cette manière d'être hédoniste est évidemment mêlée à une grande angoisse de mort. Raison pour laquelle elle est bien en phase avec cette sorte de psychose maniaco-dépressive si courante aujourd'hui.
L'hédonisme épicurien, au contraire, se propose de calculer les plaisirs et les peines de façon précautionneuse. Tout bien pesé, il faut savoir se passer de certains plaisirs, nous dit-il, quand ceux-ci se paient de beaucoup de chagrins, de douleurs, d'embrouillaminis. Tout désir devient pathogène à partir du moment où il est infini. Le premier de ces désirs infinis étant l'envie de vivre toujours, qui est l'envers de la crainte de la mort.
N. O. Alors justement, comment Epicure opère-t-il ce tri entre désirs sains et désirs pathologiques ?
J. Salem. On connaît les trois grandes catégories de désirs que distingue l'épicurisme antique. D'un côté, les désirs naturels et nécessaires : la faim ou la soif. Mais aussi le désir d'avoir des amis ou celui de philosopher, qui ne relèvent pas directement de la survie, mais sont nécessaires à l'équilibre, au bonheur. On ne peut pas vivre sans amis. Les amis sont nos gardes du corps, physiquement et moralement.
Ensuite, il y a les désirs naturels mais non nécessaires, comme le désir sexuel. Celui-ci conserve la marque de la nature, car il a une fin assignable, il a des bornes. A moins bien sûr que nous ne basculions dans l'amour-passion, insatiable, tourmentant, mais là c'est autre chose justement.
Et puis il y a les désirs non naturels et non nécessaires: désir du luxe ou de la gloire, par exemple. Des désirs de vent, des désirs de ce qui ne peut jamais s'attraper. C'est leur illimitation qui les caractérise. On n'est jamais suffisamment riche, glorieux, ou sûr de vivre encore demain. L'enjeu de l'épicurisme, c'est précisément d'éliminer ces désirs-là pour trouver l'ataraxie, l'absence de trouble, la pax animi, comme dira Lucrèce.
N. O. Quelle figure ancienne ou contemporaine incarne le mieux pour vous le sage épicurien?
J. Salem. Pardonnez-moi de donner dans l'intime, mais je répondrai : mon père, Henri Alleg (1), l'auteur de «la Question». Un livre-témoignage sur la torture en Algérie, torture qu'il a subie et à laquelle il a résisté. Quel rapport me direz- vous? La figure du résistant, de celui qui ne pourrait supporter de déroger à sa ligne, de celui qui est inaccessible à des désirs mesquins, à l'envie de nuire, à l'appétit du petit gain, voilà la figure même du sage antique pour moi. Le contraire en somme du «Bel-Ami» de Maupassant, de la crapule qui se règle sur la loi de la jungle, du renégat qui a tourné vingt fois sa veste, de l'homme-pétasse, pour le dire vite, qui prospère sur notre fumier postmoderne.
N. O. A l'intérieur de cet idéal antique, qu'est-ce qui sépare l'éthique épicurienne des autres, à commencer par sa soeur ennemie, la morale stoïcienne?
J. Salem. Le stoïcisme fondé par Zenon de Citium, un contemporain d'Epicure, affirme que le bonheur réside dans la vertu, et non dans le plaisir. Tout porte à croire cependant que, pratiquement, un sage stoïcien et un sage épicurien devaient avoir des vies assez semblables par leur sobriété. Il n'en reste pas moins que les principes qui guident ces deux écoles sont notablement opposés.
Tout plaisir étant un bien pour Epicure, il n'y a aucune raison valable de s'interdire ponctuellement des «extras». Tandis que chez les stoïciens, il y a tout de même cette idée - à laquelle les chrétiens applaudiront avec délices - que la privation, la souffrance facilitent le progrès moral et sont plutôt une bonne chose. Idéologiquement, il est donc clair que la doctrine stoïcienne était beaucoup plus propice à être récupérée par tous ceux qui pensent qu'il faut aux esclaves une petite religion leur permettant de serrer les dents. C'est d'ailleurs ce qui se produira: deux ou trois siècles à l'avance, le stoïcisme fera le lit du christianisme, tandis que l'épicurisme deviendra une doctrine persécutée.
N. O. D'où vient sa force de scandale ? Epicure n'était pas un provocateur après tout, contrairement à Diogène...
J. Salem. Elle réside dans cette simple affirmation: vivre, c'est bien. Observez les animaux et les petits enfants, dit Epicure. Voyez-les courir vers le plaisir et fuir dans la direction opposée quand la douleur les menace. La joie, le plaisir, voilà la norme. Tout le reste n'est que dysfonctionnement provisoire. N'importe qui peut faire cette expérience authentiquement épicurienne. Et n'y voyez rien de gnangnan: entrez dans une maison où vit un bambin de 2 ou 3 ans, qui s'agite, qui court, qui est heureux. Aussitôt vous sortez de la folie ordinaire, des soucis médiocres: la vie refait irruption, avec toute sa puissance d'affirmation.
N. O. La longue fréquentation de cette doctrine vous a-t-elle transformé?
J. Salem. Il va de soi que le fait d'ânonner les vingt-six mille commentaires de la célèbre phrase: «La mort n'est rien pour nous, puisque lorsque nous sommes, la mort n'est pas là et lorsque la mort est là, nous ne sommes plus», cela modifie son homme. La bête humaine en vient à se dire qu'elle peut oublier un peu la tripe. [Rires.] On peut bien sûr considérer qu'il y a là un tour de passe-passe, une entourloupe.
Pour ma part, je trouve que la technique épicurienne d'accoutumance à l'inévitable demeure d'une redoutable efficacité. Sans cela, comme dit Schopenhauer, si nous étions vraiment conséquents avec nous-mêmes, et dans la mesure où il est proprement insupportable de penser que la vie doit finir, il faudrait faire comme les chiens qui hurlent jusqu'à la mort sur la tombe de leur maître.
N. O. Qu'est-ce qui distingue cette attitude de la pure résignation?
J. Salem. Ça peut paraître trop beau pour être vrai, mais les épicuriens arrivent à nous faire croire que dans une vie finie on peut parvenir à goûter aux mêmes plaisirs que si elle était infinie. Lorsque l'on croise certains octogénaires sereins, ceux dont toute la manière d'être dit que si c'était à refaire ils le referaient, on a là l'incarnation même du sage évoqué par Lucrèce. Pensons aux mots d'un Kant à l'heure de sa mort: «C'est bien.»
N. O. Outre la position à tenir face à la mort, qu'est-ce qui demeure selon vous le plus opérationnel aujourd'hui dans la morale épicurienne?
J. Salem. Il se trouve que comme les grands épicuriens «historiques», nous vivons une période d'effondrement absolu. Pour Lucrèce, c'était la fin de la République à Rome, les guerres civiles. On venait de crucifier des milliers d'esclaves après la révolte de Spartacus. Epicure, lui, a été le témoin de l'effondrement de l'empire d'Alexandre, de la fin de la Cité grecque comme entité pour laquelle on pouvait vivre ou mourir. Dans ce genre de monde-là, avoir un squelette idéologique, une doctrine qui vous «blinde», une armure intime, c'est capital.
Il y a des époques où il faut mépriser la politique parce qu'elle est devenue méprisable. C'est souvent le cas de la nôtre, il me semble. Pour ne pas avoir l'air de m'échauffer, je me bornerai à citer le nom de Berlusconi. [Rires.] La question des faux besoins est, elle aussi, très actuelle. Viser des désirs limités peut procurer des bénéfices évidents dans un système capitaliste dont le propre est d'hystériser les désirs, et où l'on est affreusement malheureux si l'on est déconnecté quinze jours de sa boîte mail ou de son portable.
N. O. Faisons un essai de politique-fiction... Quelle serait dans les circonstances actuelles l'attitude adoptée par un épicurien quant à la chose publique?
J. Salem. Epicure propose des solutions «à la hippie», pour donner dans l'anachronisme. Disons qu'à la manière des Verts allemands des années 1980, il adopte une posture antisystème, sans être pour autant un farouche révolutionnaire. Certains ont même considéré qu'il s'adresse davantage aux «bobos» d'Athènes qu'à ceux qui sont tout en bas de l'échelle sociale. C'est en tout cas quelqu'un qui se trouve radicalement en butte aux bien-pensants de son temps. Un notable du Ier siècle av. J.-C. comme Plutarque par exemple, prêtre auprès du centre panhellénique de Delphes, envisage les gens du Jardin comme des parasites. Des types qui viennent à la ville profiter de ses bienfaits, puis se retirent sans se mêler de politique.
Il y a, en outre, une forme de pacifisme dans l'épicurisme, chez Lucrèce notamment. Mais attention, pas un pacifisme bêlant. Il y a, dans cette doctrine, un très grand pessimisme anthropologique, qui constitue la contrepartie de ce que j'appellerais son optimisme naturaliste. La nature te donne tout pour être heureux : libre à toi de ne pas lui demander l'impossible.
N. O. Ce qui frappe toutefois dans votre vision de l'épicurisme, c'est la capacité communicative de résistance que vous lui prêtez... Est-ce cela qui fait le plus défaut aujourd'hui?
J. Salem. Les épicuriens ne sont pas des «rouges», mais ils enseignent un mépris très salubre à l'égard de toutes les institutions faites de vent et de tous ceux qui se prennent au sérieux, ceux-ci étant particulièrement lugubres en ce moment. Il y a d'autre part chez Epicure une théorie qui a beaucoup fait causer - Marx notamment. C'est celle du clinamen, cette faculté que l'atome a de dévier de sa trajectoire selon un tout petit angle. Lucrèce en donne une superbe «preuve». Quand une foule me pousse dans une certaine direction, je peux toujours opposer mon épaule pour tenter de lui résister. C'est à mes yeux une définition assez parfaite de la liberté. Chacun a toujours la possibilité de ne pas aller dans le sens où les circonstances le poussent.
Propos recueillis par Aude Lancelin et Marie Lemonnier

(1)
Henri Alleg, de son vrai nom Harry Salem, né en 1921, journaliste franco-algérien, membre du PCF, il fut le directeur d'«Alger républicain». Séquestré et torturé par les parachutistes français en 1957, il vit actuellement à Paris.
Paru dans "L'OBS" du 7 août 2008.



dimanche 7 janvier 2018

Conférence de Baroja



Mardi 9 janvier à 20h30, conférence aux Ecuries de Baroja (Anglet)


par Barbara Stiegler, philosophe,
professeur à l'université de Bordeaux III

« Le premier agenda du néolibéralisme : réadapter l'espèce humaine »


Avant d’être économique, le premier agenda du néolibéralisme est anthropologique. L’enquête sur les sources évolutionnistes du néolibéralisme américain entre les deux guerres mondiales révèle que son programme politique part du constat d’une inadaptation de l’espèce humaine, héritière de sa longue histoire évolutive, à son nouvel environnement industriel et mondialisé. Elle montre aussi que ce programme inédit d'une réadaptation de l’espèce humaine aux exigences de la mondialisation conduit à une nouvelle forme de gouvernement qui remet en cause les fondements politiques de la démocratie.
 
 
Entrée libre et gratuite
Réservation conseillée. Allez sur le site de la ville d'Anglet, cliquez sur l'onglet Culture puis sur l'entrée Réservez en ligne ou directement ici :